Gilles Gauthier, l’ex-diplomate qui est amoureux du monde arabe depuis cinquante ans

Gilles Gauthier a œuvré ces cinquante derrières années à la diplomatie française en Algérie, Égypte, Syrie, Irak, ou encore au Maroc, Liban, Bahreïn, Yémen, en qualité de secrétaire de chancellerie, puis de conseiller des Affaires étrangères et, finalement, d’ambassadeur de France. Comme il l’explique au fil de son livre avec humour : il a suivi une «voie toute droite pour grimper marche après marche et sans effort vers des sommets… administratifs.» Malgré quelques bourdes de jeunesse dont il amuse son lecteur.

Ce monde arabe, «qui n’est plus aujourd’hui sur nos écrans que bruit, fureur et désespérance quotidienne», était alors «lumineux, désirable, serein». L’auteur en rappelle le charme à travers l’effervescence de la promenade d’Alger, à l’ombre des coupoles et des arcades, qui longe la mer jusqu’à la Pointe de l’Amirauté; l’exaltation de la révolution de Polisario au Maroc malgré les geôles d’Hassan II; l’envoûtement de Bagdad que les purges glaçantes de Saddam Hussein n’altéraient pas; l’indestructible Beyrouth, qui impressionna le monde en renaissant de ses cendres; les filières francophones du Caire et sa langue arabe enchanteresse; les mosquées de mille ans au Yémen…

Gilles Gauthier n’a oublié aucune saveur, aucune des merveilles culturelles qu’il a visitées. C’est lui, le traducteur de «L’Immeuble Yacoubian» d’Alaa El Aswany, l’écrivain égyptien qui connaît aujourd’hui un succès international (et bien des difficultés dans son propre pays). Il évoque aussi pudiquement ses amours avec de jeunes garçons qui tournaient autour de lui, et de son compère Jean Sénac, l’ami de Char et Camus, «comme les papillons autour de la flamme».

Alaa El Aswany : “Je suis interdit de tout, partout”

Et c’est salutaire de lire, contre les Indigènes de la République, qui n’ont jamais vécu qu’en France, que, non, l’homosexualité n’est pas une importation européenne, de «Blancs», en Afrique et au Moyen-Orient. Bien au contraire: les désirs y sont aussi divers, riches et communs qu’ailleurs. Ils se doivent simplement, malheureusement, d’être plus furtifs. Mais les jeunes hommes arabes, à la «beauté ténébreuse, cœur tendre, œil vif», ne faisaient pas moins qu’ici un signe de tête pour emmener le visiteur dans un lieu de plaisir secret, et interdit.

L’ancien diplomate a travaillé sous la succession, au maroquin de ministre des Affaires étrangères, de Cheysson, Dumas, Juppé, Charrette, Barnier, Védrine, Villepin, Kouchner. Il ne se méprend sur les qualités et les indigences d’aucun d’entre eux. Et il ne trompe personne non plus sur lui-même:

J’ai choisi le bruit, le mouvement, la musique des fanfares, les drapeaux qui claquent au vent, tout le mélodrame des relations entre États. Je n’ai pas, comme mes amis spécialistes d’archéologie ou d’histoire, comme mes amis sociologues ou politologues, passé de longues heures à la recherche de la vérité. Je n’ai pas apporté une contribution déterminante à la compréhension du monde. Mais pour ce qui concerne cette partie du globe, j’étais là où se faisait l’histoire chaotique et confuse, j’étais à Jéricho qui se croyait autonome, j’étais à Cana qui enterrait ses morts, et dans le sud du Liban après l’évacuation des troupes israéliennes, j’étais à la sortie des petites mosquées de Kabylie, entouré par d’aimables combattants d’une terrible guerre civile…»

Lamia Ziadé : requiem pour le monde arabe

Et puis, il y a ce qui sert de postface, cet avertissement lancé à ses compatriotes par un connaisseur du monde arabe : de Tarik Ramadan à Baghdadi, l’islam a aujourd’hui pour but de prendre le pouvoir sur la société.

Cet islam-là, qui tranche entre le bien et le mal, entre le fidèle et le mécréant, cet islam porteur d’une vérité absolue à laquelle tous les hommes sont appelés à se soumettre n’est pas notre ami. Cet islam-là qui ne respecte pas l’autre, mais le tolère aux conditions qui sont les siennes, aussi longtemps qu’il ne peut faire autrement, n’est pas compatible avec les idéaux de liberté individuelle et de respect de la diversité auxquels sont parvenues les sociétés européennes, à ce moment de leur histoire. Mais y en a-t-il un autre? La réponse est non, malheureusement, pas pour l’instant.

À quoi servirait-il de se leurrer? Il y a, chez des millions de musulmans, des pratiques et des comportements modérés, mais aucun discours modéré n’est reconnu comme légitime par les autorités de l’islam. Que ceux qui en doute se fassent traduire les prêches des mosquées, les manuels de religion des écoliers et les livres de théologie vendus à la porte des mosquées, de Casablanca à Mossoul en passant par le Caire, Ryad, le Qatar et Paris.»

Gilles Gauthier ne perd pourtant pas espoir. Il était au milieu de la foule sur la place Tahrir les jours de révolution, les jours de printemps.

Les graines aujourd’hui enfouies germeront. Le monde arabe est entré en mouvement et ce mouvement, quelles que soient les souffrances endurées, ne s’arrêtera pas, il ne mènera pas vers la nuit salafiste dont on nous menace. À Tunis et au Caire, à Ryad, et à Djeddah, à Bagdad, à Marrakech, et dans les villages du Rif, la formidable énergie libérée par les révolutions de 2011 ne s’est pas mystérieusement volatilisée. Si elle n’apparaît plus au grand jour, c’est qu’elle travaille en profondeur.»

Samar Yazbek, la revenante de l’enfer syrien

Après cinquante ans de loyauté et d’enthousiasme, la République n’a pas autorisé son ambassadeur, à la veille de sa retraite, à passer une semaine de plus au Yémen pour célébrer un dernier 14 juillet. Elle a préféré mégoter sur son billet d’avion, et le remercier par ce seul communiqué:

À dater du 4 juillet, Monsieur Gilles Gauthier est radié des cadres du ministère des Affaires étrangères.»

Alors le serviteur de l’État, pour revenir en France, a choisi par bravade d’organiser sa propre fête et de monter avec un passeport ordinaire en deuxième classe d’un avion sans confort. Il en a ressenti un frisson de liberté.

Quel sentiment éprouvais-je à cet instant ? Toute ma vie je m’étais dit que la vraie vie est toujours plus loin.»

Gilles Gauthier est aujourd’hui conseiller de Jack Lang à l’Institut du Monde arabe. Il vit entre Paris et le Caire, entre sa patrie et un monde arabe qu’il n’a jamais cessé d’aimer.

Sara Daniel

Entre deux rives : 50 ans de passion pour le monde arabe, par Gilles Gauthier, Lattès, 2018, 426 pages.

Sara Daniel

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Tinder, vodka & islam : “la vraie vie en République islamique” selon Armin Arefi

A première vue, « Kami » vit la vie dont rêvent, à Paris ou à Téhéran, les célibataires et les autres… A Paris ou à Téhéran. Ce jeune informaticien, qui cohabite dans un joli appartement d’un quartier chic de la capitale iranienne avec les cadavres de bouteilles d’alcool, fait la fête chaque semaine et passe souvent la nuit avec des «palaing» (panthères) qu’il trouve sur Tinder, des «Iraniennes plantureuses aux cheveux blonds peroxydées dont le visage a subi tant d’interventions chirurgicales qu’il évoque celui d’un félin». Au cours des soirées de Kami, les sosies de Nabila se déhanchent langoureusement et fondent en larmes quand leurs proies repoussent leurs avances.

Mais la chair est triste à la longue, et ces soirées répétitives n’arrivent plus à distraire l’ennui de Kami, qui zone sur son canapé puisque les sanctions imposées par les Etats-Unis à l’Iran asphyxient ses projets. Comme tous les jeunes Iraniens, il veut partir: «la vie est pourrie ici, rien n’a changé.» Son nid douillet est une prison où il se torture sur son avenir bouché.

L’Iran est-il aussi fragile qu’une sculpture de glace ?

Délicieux livre d’Armin Arefi, qui nous raconte de l’intérieur la déréliction d’une jeunesse aigrie d’avoir trop rêvé le changement, comme une porte qui s’ouvre et que l’on vous claque au nez encore et encore, pendant la révolte verte de 2009, puis au moment de l’élection de Hassan Rohani, et de l’accord nucléaire qui portait l’espoir de la levée des sanctions, espoirs qui ne se sont jamais concrétisés à cause du régime des mollah et de Donald Trump. Et les cheveux blanchissent de trop d’espoirs déçus.

Casanova perse

Ce livre très personnel a été écrit dans le bonheur trépidant d’avoir retrouvé son pays. Car l’auteur, franco-iranien, a été interdit de séjour en Iran pendant neuf ans. Alors, avec une boulimie de détails, il décrit la vie en Iran, de Téhéran à Mashad, de Tabriz à Shiraz. Armin Arefi a enfin retrouvé ses amis, ses amours, et surtout sa grand mère «bahal» (c’est-à-dire en farsi, où même les qualificatifs sont complexes, «énergique et drôle, qui donne l’impression d’être saoule sans avoir bu la moindre goutte d’alcool»): elle l’enveloppe de son affection de boa constrictor, comme s’il avait 6 ans, pour l’empêcher d’aller chez le fondateur des Gardiens de la Révolution ou, tout simplement, pour l’empêcher de sortir.

Sexe, alcool & Révolution islamique : bienvenue à Téhéran

Arefi écrit aussi sur « l’autre Iran », que ce soit celui du fils du Guide qu’il a pu rencontrer ou celui qui se flagelle en procession sur l’avenue Khosravi de Mashad, ville dans laquelle Reza, le huitième imam chiite est mort il y a mille deux cents et un an. Pourtant ses pages les plus senties, notre Casanova perse, éperdu d’admiration pour les jeunes beautés iraniennes, les consacre a ses conquêtes d’hier ou d’aujourd’hui, et s’étonne d’un succès qu’il attribue modestement à son accent français : Armin Arefi écrit avec humour et «atafeh», mélange de sentimentalité et de douceur, bref il écrit un peu comme un Iranien, et c’est un sacré compliment.

Sara Daniel

Un printemps à Téhéran,
la vraie vie en République islamique
,
par Armin Arefi, Plon

Sara Daniel

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Kaspar Colling Nielsen, ce Houellebecq nordique

Stig est un glandu qui a réussi par hasard. Après avoir passé sa jeunesse à écouter de la musique, à faire du patin à roulettes et à travailler dans une station-service, il a fini par devenir un habitué du bar punk de Copenhague, le Floss. C’est dans ce café qu’il a connu ses premiers succès avec les femmes.

Aujourd’hui à la tête de l’une des galeries d’art en vue de Copenhague, il vit avec sa femme Elisabeth, qui veut quitter la ville, et Emma, leur fille paumée qui décide de partir au Mozambique. Quant à Christian, le Jeff Koons local, il a fini par renoncer aux prostituées, mais pas par crainte de se faire plumer:

Christian pensait que le Danemark était en cause. (…) Une espèce de zèle semblait se répandre sur tout le pays, en interdisant à la pute d’apprécier son travail ou, à défaut de l’apprécier, de se réjouir d’un boulot bien fait.»

Le nouveau Houellebecq : heureux en amour, icône de l’extrême droite, ami des stars…

“Folles du cul”

S’il fréquente plus volontiers des femmes de 50 ans, c’est que, selon lui, elles ont toutes les qualités des prostituées de naguère:

Il ne voyait aucun inconvénient à sauter des femmes dans leur période gode, surtout celles qui avaient des enfants adultes (…), c’étaient des folles du cul au plumard.»

Houellebecq battu sur son propre terrain ? Voire ! Si Kaspar Colling Nielsen, dont c’est le premier roman traduit en France, a défrayé la chronique au Danemark, ce n’est pas pour ses sorties de route intellectuelles, ni pour sa provoc à deux balles, mais bien parce que ses romans sont une satire aussi efficace qu’effrayante des pays scandinaves.

Houellebecq ou le lent (et nécessaire ?) suicide de l’homme blanc

Dans son puissant et remarquable roman «les Outrages», il imagine que les Danois parquent leurs immigrés au Mozambique, dans une ville de préfabriqués. Mais l’Europe n’est pas au bout de ses peines: des terroristes réussissent à s’emparer de déchets nucléaires et font exploser des bombes sales dans les plus grandes villes d’Europe. Romancier cynique, glaçant et visionnaire, Colling Nielsen envisage le pire. L’envisage ou l’annonce?

Didier Jacob

Les Outrages, par Kaspar Colling Nielsen,
traduit du danois par Alex Fouillet,
Calmann-Lévy, 420 p., 21,50 euros.

Paru dans “L’OBS” du 14 mars 2019.

Didier Jacob

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“Je suis éternel !” : Sollers face à la mer

« Je me sens plus jeune aujourd’hui qu’il y a cinquante ans», affirme l’octogénaire Philippe Sollers à son amie Josyane Savigneau, dans «Une conversation infinie». Et il le prouve avec un de ces romans brefs, sécants et fringants, dont il a désormais le secret. Comme si, avec l’âge et la liberté qu’il favorise, l’auteur de «Femmes» et de «Paradis» se désencombrait, s’allégeait, se mozartisait et redevenait le Joyaux bordelais qui, à 15 ans, découvrait «la Recherche du temps perdu» dans la bibliothèque de sa mère et passait ses étés à nager, ramer, dériver.

« Le Nouveau » n’est pas seulement le nom de l’annexe du bateau de son grand-père Louis et du trois-mâts de son arrière-grand-père Henri, c’est aussi le titre de ce livre, que Sollers a écrit dans sa maison de l’île de Ré, où il se «consacre entièrement au dieu qui réjouit [sa] jeunesse», où les mouettes portent les messages des morts et où il a choisi de reposer, face à la mer, sous une dalle verticale ornée d’une rose sculptée. (Toujours dans ses entretiens avec Savigneau, il précise qu’il veut un enterrement catholique et ajoute: «Je suis éternel !»)

“Tu es le seul point fixe de ma vie” : le grand amour clandestin de Philippe Sollers

D’Henri, le navigateur au long cours, le «devin des ondes», qui avait épousé une rebelle irlandaise, et de Louis, le champion d’escrime devenu accro aux jeux (bridge, poker, courses), Philippe, le guerrier du goût, a hérité la manière d’utiliser son stylo comme un fleuret et l’art de voguer sur l’océan de la vie avec une boussole invisible. Comme ses aïeux, il ne cesse de faire le point, de prévoir le gros grain, de déchiffrer les vents mauvais, d’évaluer l’adversaire, de tendre l’oreille et d’entraîner sa mémoire. C’est un écrivain aux aguets, un romancier de vigie posté et caché dans un nid-de-pie, où il prie, à la hauteur des cieux.

“le Dieu de Bach me parle”

Henri, qui sillonnait les océans avec des cargaisons de vin de Bordeaux et ressemblait à Edouard Manet, ne se séparait jamais de ses deux volumes de Shakespeare. Il voyageait avec «la Tempête», embarquait avec le Maure de Venise, le prince du Danemark et Lady Macbeth; son arrière-petit-fils, dont «Antoine et Cléopâtre» est la pièce préférée, a pour sa part fondé un théâtre sans acteurs ni public, qu’il appelle «le Nouveau», où il se glisse dans la peau d’Hamlet, de Lear, de César, de Prospero, et donne la réplique, cinglante, à un monde qui fait naufrage.

Qui était réellement Shakespeare ?, par Philippe Sollers

Après avoir lu ce roman de Sollers, sans doute l’un de ses plus soyeux, baigné dans une lumière de crépuscule où se confondent le lever et le coucher du soleil, on préconise donc de l’écouter converser avec Josyane Savigneau. Il lui explique pourquoi le «Dieu de Bach [lui] parle», pourquoi il ne faut jamais «céder sur ses sensations d’enfance», et pourquoi sa joie demeure. Plus Sollers vieillit, plus il est nouveau.

Jérôme Garcin

Le Nouveau, par Philippe Sollers,
Gallimard, 144 p., 14 euros.

Une conversation infinie,
par Philippe Sollers et Josyane Savigneau,
Bayard, 141 p., 17,90 euros.

Paru dans “L’OBS” du 14 mars 2019.

Jérôme Garcin

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Delphine de Vigan, la vie derrière soi

Après « les Loyautés », «les Gratitudes». Dans le premier de ces romans, paru en 2018, Delphine de Vigan racontait la détresse de deux adolescents qui s’alcoolisaient sous un escalier. Cette fois, elle se concentre sur une vieille dame qui souffre d’aphasie dans un Ehpad. On aurait tort pourtant de confondre Delphine de Vigan avec une assistante sociale.

Est-ce que parce qu’elle-même a vécu une jeunesse douloureuse, avec la mère bipolaire qu’elle évoquait si bien dans «Rien ne s’oppose à la nuit»? C’est une romancière qui aime les gens fragilisés par l’existence et qui sait en parler, dans une langue claire et simple, avec la sensibilité, la délicatesse et même parfois l’humour qui s’imposent.

De la sensibilité, il en fallait pour éviter la sensiblerie dans ces «Gratitudes», qui nous introduisent dans la chambre impersonnelle où Michka, désormais, mène «une vie amoindrie, rétrécie, mais parfaitement réglée». Ses cauchemars sont éprouvants, ses activités limitées. «Ici, attendre est une occupation à part entière.» Il ne s’agit plus que de finir de vieillir, et «vieillir, c’est apprendre à perdre». Perdre ses mots, en particulier, au milieu des «résignants» en «fauteuil croulant» de l’Ehpad, qui meurent les uns après les autres.

Delphine de Vigan publie “les Gratitudes” : admirable ou détestable ?

“A chaque jour suffit sa chaîne”

Pour l’accompagner, jusqu’au bout, Michka peut cependant compter sur la conversation de deux personnes qui se relaient auprès d’elle: Marie, une jeune femme «en cloche» qui lui confie sa peur d’avoir un enfant toute seule et «lui doit énormément»; et Jérôme, le sympathique orthophoniste qui vient doucement la reprendre quand elle dit qu’«à chaque jour suffit sa chaîne».

Delphine de Vigan, Madame Loyale

Leurs dialogues alternés constituent l’essentiel de ce conte humaniste à la Emile Ajar, de cette vie derrière soi qui plaide, avec éloquence, pour qu’on ose «tout» dire à ceux qu’on aime :

Tout ce qu’on rejette… regrette, après, quand les gens disparaissent, pfffuit… On ne peut pas rester avec tout ça sur le cœur. Après ça fait des cocards… cauchemars, vous voyez.»

Grégoire Leménager

Les Gratitudes, par Delphine de Vigan,
JC Lattès, 172 p., 17 euros.

Delphine de Vigan, en chiffres

Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan est l’auteur de «Rien ne s’oppose à la nuit» (500.000 exemplaires), «D’après une histoire vraie» (prix Renaudot 2015, 450.000 ex.) et «les Loyautés» (160.000 ex.). Tirage des «Gratitudes»: 160.000 ex.

Paru dans “L’OBS” du 7 mars 2019.

Grégoire Leménager

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Edmonde Charles-Roux, ou l’incroyable destin d’une enchanteresse

Et dire que c’est seulement le premier volume. Et qu’il ne couvre que les années 1938-1944… Si l’on doutait encore qu’Edmonde Charles-Roux, disparue en janvier 2016, à 95 ans, fût inspirante, en voici la preuve. A la fois portrait d’une femme hors du commun, qui refusa toujours d’écrire ses Mémoires (était-ce pour mieux étourdir ses futurs biographes?), roman d’une «grande famille» (au sens où l’entendait Maurice Druon, qu’elle aida à composer «les Rois maudits»), et chronique extravagante d’une époque que Louis Aragon, autre de ses amis, appelait «un temps déraisonnable», le livre de Dominique de Saint Pern, qui mêle tous les genres, est un chaudron magique.

Une enchanteresse en sort. A moins de vingt ans, Edmonde la bien née est déjà une irrégulière: fille d’un ambassadeur de France, natif de Marseille, qui lui a fait découvrir le monde, elle serait devenue duchesse de Sermoneta, princesse de Bassiano, si son fiancé, Camillo Caetani, n’avait été tué, en 1940, sur le front albanais, par des soldats grecs. Sept mois plus tôt, elle-même avait échappé à la mort dans l’hôpital militaire de Bras-sur-Meuse, où elle servait comme infirmière-ambulancière de la Croix-Rouge, que la Luftwaffe avait bombardé sans scrupule. Après quoi, elle partit skier à Megève.

In love with Edmonde Charles-Roux

Sportive, cultivée, formidablement courageuse

Car telle était, alors, la jeune Edmonde. Aussi à l’aise en uniforme kaki, augmenté d’une croix de guerre, qu’en fuseau ou en robe longue, dans les salons parisiens que dans le parc de la Villa Séréna, le petit château phocéen de sa famille. En deuil de Camillo Caetani et déjà prête à épouser Roger de Vilmorin. Sportive, cultivée et formidablement courageuse: à la fin de ce volume, en août 1944, elle est convoquée à Aix-en-Provence par le général de Lattre, surnommé par elle «M. Dare-Dare», qui l’intègre à son cabinet militaire avant de l’affecter, comme assistante sociale divisionnaire, à la 5e DB.

Elle n’a que 24 ans, mais elle est déjà Edmonde Charles-Roux. Une intrépide dont l’incroyable destin s’est forgé pendant ces années noires. Elle voit son père, ambassadeur auprès du Saint-Siège, être menacé par Mussolini, puis introduit à Vichy, comme éphémère secrétaire général aux Affaires étrangères, poste dont il démissionne avec fracas pour marquer son opposition à Laval. Elle part aussi pour Bruxelles afin de venir en aide à sa sœur, Cyprienne, maîtresse du gendre de Mussolini et femme du prince del Drago, ambassadeur d’Italie que les Chemises noires pourchassent parce qu’il s’est rangé derrière le roi Victor-Emmanuel III.

Edmonde Charles-Roux, l’irrégulière en tailleur

Tout cela est fou, d’une violence inouïe, et pourtant, Edmonde garde son calme, sa grâce, sa hautaine élégance, feignant d’être l’organisatrice des mystères qui la dépassent. Trois ans après sa disparition, elle méritait bien ce roman chauffé à blanc qui lui ressemble.

Jérôme Garcin

Edmonde, par Dominique de Saint Pern,
Stock, 416 p., 21,50 euros.

Paru dans “L’OBS” du 7 mars 2019.

Jérôme Garcin

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Yves Ravey, l’inventeur du polar cappuccino freddo

Ses romans noirs sont toujours estompés par une écriture blanche. Yves Ravey est l’inventeur du polar café-au-lait, ou plutôt du polar cappuccino freddo, à l’amertume onctueuse et glaçante. Cela fait trente ans que, sans faire de bruit, cet écrivain bisontin construit une éclatante œuvre sans éclat.

Ses livres sont brefs et laconiques – jamais un mot rare, jamais une formule recherchée. L’atmosphère est pesante et l’angoisse, diffuse. Les intrigues se déroulent sous un ciel invariablement gris et bas. Il y a peu de violence apparente, très peu de sang et le moins de psychologie possible – même quand l’auteur feint de démêler des nœuds de vipères familiaux. Les flics sont du genre nonchalant; le suspense, aussi. Le plus souvent, c’est le suspect qui est chargé de raconter l’histoire, pleine d’ellipses et de fausses pistes. Bref, c’est du grand art, mais invisible à l’œil nu. J’oubliais: les époques sont indéfinies et les lieux, incertains.

Comment décrire une barquette de chabichou ?

Ici, dans son quatorzième roman, il faut tenter d’imaginer, près de Santa Clarita, une sorte de Californie franc-comtoise. En ouverture et en plongée, une scène d’accident, ou de crime. Une femme, Tippi Meyer, est retrouvée morte au volant de sa berline blanche, qui a quitté la route, arraché la glissière de sécurité, et s’est disloquée au fond d’un ravin. Plantés là-haut, d’où ils observent la carcasse encore fumante, il y a le mari de la victime, Salvatore Meyer, son amant, un agent d’assurances nommé Kowalzki, et un policier en civil, qui va d’abord mener l’enquête avec une cérémonieuse bienveillance.

Ravey dans le ravin

Le moins qu’on puisse dire est que le couple Meyer l’intrigue. Voilà une femme, Tippi, qui ne dormait plus avec son mari ni ne cachait avoir un amant, et un homme, Salvatore, qui travaillait dans l’entreprise de désamiantage de son beau-père, Bruce Cazale, avec lequel les relations étaient exécrables et dont il guignait le fauteuil directorial. Le flic a des soupçons, et son idée. Mais on n’en saura pas plus. Car l’unique narrateur est le veuf, le mari faussement éploré de la victime, très doué pour jouer les candides. D’autant que Salvatore a réponse à tout.

Il jure qu’il aimait sa femme. Il lui reprochait seulement de conduire trop vite, à tombeau ouvert !, et de boire avec excès. Il dit savoir pourquoi elle a quitté le domicile conjugal à cinq heures du matin. Et il veut faire croire que son collier de perles, recherché par l’inspecteur, se trouve encore dans la voiture concassée.

Yves Ravey au meilleur de sa perversité

Ce qui restait énigmatique, Salvatore l’explique en détail à la fin. On ne vous dira donc pas qui est la dupe du titre. Mais on peut vous assurer que le lecteur a été trimballé et qu’il a foncé, lui aussi, vers le précipice. Méfiez-vous d’Yves Ravey, ce faux placide. De tous ses personnages, c’est le plus diabolique.

Jérôme Garcin

Pas dupe, par Yves Ravey,
Minuit, 144 p., 14,50 euros.

Paru dans “L’OBS” du 28 février 2019.

Jérôme Garcin

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Au fils que je n’ai pas eu : le récit-testament d’Erri De Luca

En approchant 70 ans, Erri De Luca s’est senti orphelin. Non pas de ses parents, mais du fils qu’il n’a pas eu. Comme il aurait été heureux papa, conduisant son gamin au jardin pour lui montrer le miracle renouvelé de la vie et lui raconter, comme il le fait dans ce récit testamentaire, les grands moments de son existence! Son enfance en Italie du Sud, le dialecte napolitain qui faisait loi dans la maison, le père souvent absent.

Sans doute, il avait déjà évoqué son passé, mais le ton est à la confidence: «Ce fut prodigieux d’avoir un père», s’exclame Erri, rêvant par procuration à celui qu’il aurait pu être. «Maman était réelle, quotidienne, mon père était sporadique, prestidigitateur de sa présence.» Avec lui, jamais de câlins mais «un coup de poing pour plaisanter, une tape, pas de jeux à la mer».

Erri De Luca : “Les persécutions contre les migrants ne les empêcheront pas de migrer”

Comme il est aussi alpiniste, on atteint vite, avec Erri De Luca, les cimes de l’émotion, dans ces évocations en forme de haïkus japonais de la mort de sa mère, qu’il ne sait pas aider à passer la rivière.

Elle m’a dit qu’elle espérait trouver des livres là-bas, de l’autre côté. Sinon ils lui manqueraient, plus que moi.»

L’indigné fondamental

Car Erri, comme il le raconte avec une concision presque effrayante, avait une âme rebelle. «J’inaugurais mes âpretés.» Il se fait ouvrier et rend la liberté aux lapins qu’il élevait jusqu’alors. Puis le voici qui, comme au temps des brigades internationales, fait route pour la Bosnie au moment de la guerre: «La liberté était de devoir y aller.» Il progresse dans un tunnel d’un kilomètre de long, son sac à dos bourré de vivres et de médicaments, et sent, parvenu à Sarajevo, la brûlure et le fracas des obus qui tombent.

Erri De Luca, l’indigné fondamental. Mais, à force de combattre, ne perd-on pas l’amour des choses simples? Et sa vie ne serait-elle pas devenue, sans cet enfant de papier, comme la «terre vaine» de T.S. Eliot? «Quelqu’un qui écrit des histoires: existe-t-il une activité plus effilochée?», s’interroge cet écrivain passionnément attaché au pouvoir des mots.

Saviano-De Luca : rencontre entre deux écrivains en liberté surveillée

Mais une autre question le taraude déjà, à laquelle ce superbe récit n’apporte qu’une réponse provisoire: à quoi bon la trentaine de livres et détenir toute la sagesse du monde si l’on n’est pas l’auteur de l’œuvre qui seule vaut titre de création: un enfant?

Didier Jacob

Le Tour de l’oie, par Erri De Luca,
traduit de l’italien par Danièle Valin,
Gallimard, 176 p., 16 euros.

Paru dans “L’OBS” du 7 mars 2019.

Didier Jacob

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“Mes bien chères soeurs”, le manifeste féministe de Chloé Delaume

La messe est dite. Et avec quelle verve. Noire, incantatoire, foudroyante. Pythie sans pitié, piquante et piquée, Chloé Delaume a revêtu sa plus belle chasuble pour prononcer son sermon sur la chute de l’homme. Le patriarcat vit ses dernières heures et la romancière lui offre un enterrement de première classe. C’est le «crépuscule des guignols», «l’Apocalypse d’après Weinstein».

Pas besoin d’oracle ou d’haruspice. La parole désormais libérée, la prophétie est en train de se réaliser : #MeToo, #Balancetonporc, #LigueduLol, la domination masculine subit les assauts de hashtags aiguisés comme des sécateurs et donne des signes de faiblesse:

Ecriture inclusive : “En français, la langue reste attachée au phallus”
Le réel se dévoile tel que le subissent les femmes. Toutes les femmes, quelle que soit la façon dont elles le sont devenues. (…) Aucune classe sociale n’y échappe

Mariage pour tous, trouble dans le genre, c’est tout le régime hétérosexuel qui vacille sur son pilier phallique. «Un queer vaut mieux que deux choléras», résume Delaume avec l’une des ses formules magiques qui pourraient lui valoir un procès en sorcellerie. Les rois sont nus. «Le couillidé ne contrôle plus rien à part la taille de sa barbe.»

Chloé Delaume: «Mon corps m’appartient. Mes organes, j’en doute»

Petit livre formellement réjouissant, dont chaque phrase clinque et claque, «Mes bien chères soeurs» ne s’en tient pas pour autant à la pure incantation, aussi brillante soit-elle. C’est un couteau-suisse militant, un manuel de combat poétique, à dégainer à la moindre attaque misogyne. C’est un vade-mecum féministe à faire circuler, à lire seul.e ou en choeur, à colporter allègrement. Comme l’indispensable «King Kong Théorie» de Virginie Despentes, paru en 2006.

“J’écris de chez les ex-bonnasses”

Le texte de Despentes fait d’ailleurs office de palimpseste. Au célèbre «J’écris de chez les moches, pour les moches, les vieilles, les camionneuses, les mal baisées, les imbaisables…», asséné par l’auteure de «Vernon Subutex», fait écho l’anaphore de Delaume: «J’écris de chez les féministes hétéros qui se maquillen, «J’écris de chez les ex-bonnasses, les suffisamment cotées sur le marché pour avoir reçu des appels d’offres et avoir eu le choix des options»

En quelques paragraphes, Chloé Delaume déroule sa propre histoire, mise en abyme de celle de toutes les femmes. Pour l’auteure des «Sorcières de la République», le sexisme prend dès son plus jeune âge la forme la plus extrême, avec le meurtre de sa mère par son père. «Les conséquences de la domination masculine dans les sphères privée et publique, lorsqu’on devient orpheline après ce qui était nommé à l’époque un ‘drame conjugal’, c’est un peu difficile de passer à côté», note l’écrivaine.

Ni prudes ni soumises : on a parlé vie de couple, folie et prostitution avec Claire Castillon et Chloé Delaume

Son oeil salement averti observe et comprend instinctivement les mécanismes de domination : la femme cantonnée au foyer, comme la tante qui l’élève, ou réduite au statut d’objet sexuel, comme la playmate de «Cocoboy» qui se déshabille chaque semaine à la télévision, dans les années 1980. L’une des multiples incarnations de cette gaudriole bien de chez nous, cette grivoiserie bleu-blanc-rouge qui permet à d’influents éditorialistes de parler de «troussage de domestique» quand il est question d’un viol ou à une poignée de femmes hors sol de défendre la «liberté d’importuner». Et puis il y a les statistiques que rappelle Chloé Delaume: un viol déclaré toutes les 40 minutes; en France, une femme sur dix violée ou qui le sera au cours de sa vie.

“Badaboum Manifesto”

On entend d’ici les procès en féminisme victimaire. C’est mal connaître Delaume, qui n’a franchement rien d’une pleureuse. Elle ne se contente pas de faire un état des lieux, elle propose un plan d’attaque. Celui-ci tient en un mot: sororité. «L’état de soeur neutralise l’idée de domination, de hiérarchie, de pyramide.» Elle prône la solidarité, l’entraide face au sexisme, un «féminisme actif, le retour de sorcières d’autant plus dangereuses qu’elles ont appris le sortilège d’unité». A force de voir les hommes se comporter souvent comme des porcs, il paraît normal de voir les femmes se transformer en une armée de Circé. 

Mona Chollet : la sorcière est l’avenir de la femme

Et dans la lignée de Valerie Solanas, l’auteure du «Scum manifesto», Chloé Delaume soumet son propre manifeste: le «Badaboum manifesto». Le principe fondateur en est simple: ponctuer chaque saillie sexiste d’un «badaboum». «Je sais que là, vous vous dites: quelle idée à la con», anticipe Delaume. Oui, un peu, c’est vrai. Mais sur le fond, son propos est convaincant : ne plus rien laisser passer :

S’allier en un regard. Intervenir dès lors qu’une femme est en danger, insultée, agressée, harcelée dans un espace public. Les transports en commun, l’open space dans lequel on travaille, l’escalier de son immeuble où s’effondre la voisine. Une connivence tacite, communauté aux liens indéfectibles.»

 A(wo)men.

Elisabeth Philippe

Mes bien chères sœurs,
par Chloé Delaume,
Seuil, 132 p., 13,50 euros

Elisabeth Philippe

http://bibliobs.nouvelobs.com/critique/20190306.OBS1258/j-ecris-de-chez-les-ex-bonnasses-la-lettre-de-chloe-delaume-a-ses-bien-cheres-soeurs.html?xtor=RSS-15

“Les Porteurs d’eau” par Atiq Rahimi : adultère et châtiment

On l’a un peu oublié, mais six mois avant le 11 septembre 2001, un autre attentat a eu lieu. «11 mars 2001: les talibans détruisent les deux Bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan.» Le roman d’Atiq Rahimi est situé le jour de cette «défaite de l’Histoire». C’est pour mieux en raconter d’autres, dans une narration alternée entre l’Europe et Kaboul. D’un côté, un Afghan exilé en France quitte sa femme pour en rejoindre une autre à Amsterdam, et roule sous la pluie en écoutant Dylan chanter «One more cup of coffee for the road». De l’autre, un puceau chargé de veiller sur l’honneur de sa belle-sœur découvre à quel point il la désire, et souffre des pulsions contradictoires qui le déchirent.

D’un côté, l’exilé se dit que l’adultère est «une révolte intime contre le régime totalitaire du monothéisme conjugal», qui le condamne à une nouvelle clandestinité, d’une banalité tragique. De l’autre, c’est «un crime aussi impie que le blasphème», qui peut conduire à se faire lapider dans le stade de Kaboul. Il y a ici parfois des bavardages un peu ésotériques, mais l’auteur franco-afghan de «Syngué sabour» sait glisser de nombreuses questions en évitant d’y répondre, le plus sûr moyen de les laisser faire leur chemin hors de son livre.

Comment Atiq Rahimi a adapté un roman d’Atiq Rahimi

“L’amour n’est pas un péché”

Par exemple sur l’attentat du 11 mars 2001, puisque «les êtres humains peuvent se reproduire, pas les œuvres d’art». Ou encore sur la difficulté qu’il y a à dire ses sentiments quand on «vient d’une culture dans laquelle on ne parle que pour cacher sa pensée», et à se projeter dans l’avenir quand, dans sa langue maternelle, «le futur n’a pas sa propre forme, comme en français».

Comment sortir de l’impression de déjà-vu? Devenir soi en affrontant la culpabilité de trahir les siens? A l’arrivée, une seule morale: «L’amour n’est pas un péché.» Ce que résume autrement La Rochefoucauld, sur le mur d’un W.-C. d’Amsterdam qui le retrancrit approximativement: «La violence qu’on se fait à soi-même pour demeurer fidèle à ceux qu’on aime ne vaut guère mieux qu’une infidélité.»

Grégoire Leménager

Les Porteurs d’eau,
par Atiq Rahimi,
POL, 288 p., 19 euros.

En chiffres

Né à Kaboul en 1962, Atiq Rahimi est l’auteur de «Terre et Cendres» (2000) et de «Syngué sabour» (prix Goncourt 2008, 550.000 exemplaires vendus, traduit dans 40 langues), qu’il a lui-même adaptés au cinéma. «Les Porteurs d’eau» a été tiré à 15.000.


Paru dans “L’OBS” du 28 février 2019.

Grégoire Leménager

http://bibliobs.nouvelobs.com/critique/20190220.OBS0548/les-porteurs-d-eau-par-atiq-rahimi-adultere-et-chatiment.html?xtor=RSS-15