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Après tant de travaux et de discussions sur Pic de La Mirandole, voici une étude précise et complète des divers aspects de sa pensée. Comme un certain nombre de critiques récents, Henri de Lubac (1976), William G. Craven (1981), Fernand Roulier réagit contre les interprétations qui, depuis Burckhardt, Cassirer et beaucoup d'autres, avaient fait de Pic de La Mirandole, le pionnier d'une pensée libre qui, en exaltant la puissance de l'homme se sépare de la religion médiévale. Mais plus mesuré que Craven, souvent proche de Garin et de Kristeller, il sait passer les textes en discussion au crible de son esprit critique, et citer minutieusement les arguments en faveur des interprétations qu'il réfute. Sa pratique de la théologie et particulièrement de la théologie médiévale lui permet d'être très à l'aise dans de subtiles discussions sur la transsubstantiation ou l'impanation. Devant le problème de l'évolution de la pensée de Pic depuis les neuf cents thèses (899 en réalité) de l'année 1486 jusqu'aux Dispuîationes advenus astroiogicam divinationem et aux derniers écrits spirituels, François Roulier affirme que, tout en abandonnant certaines idées - sur la magie par exemple - en en développant et en mûrissant d'autres, Jean Pic est resté fidèle à l'essentiel de ses positions. Devant chaque problème, dans chaque chapitre nous sont présentées, très objectivement, les positions successives de Pic dans chacune de ses œuvres. Cette conception de l'unité de la pensée de Pic conduit l'auteur à adopter un plan, non pas chronologique, mais logique ; après avoir brièvement et justement évoqué les courants dominants de la pensée du XVe Siècle (humanisme et théologie scolastique) il analyse successivement : - le projet de Pic concernant la concorde des doctrines philosophiques et religieuses - sa conception du Dieu créateur (l'Ipsum esse) avec le problème de l'Etre et de l'Un (De Ente et Uno) - celle de l'univers qui s'organise autour des trois mondes : angélique (la nature intellectuelle), céleste et élémentaire, avec de multiples correspondances entre eux et une dégradation progressive de l'unité divine à la multiplicité des être créés - enfin l'homme comme synthèse de l'univers, comme miracle de liberté dans un monde caractérisé par un ordre hiérarchique rigoureux. C'est l'homme qui permet précisément le retour à Dieu de tous les êtres créés, mais ce retour, envisagé d'abord dans le cadre d'une philosophie néoplatonicienne du désir d'un bien suprême, ne peut se réaliser que dans la perspective chrétienne de la foi et de la grâce indispensable au salut. Pic est tout à fait étranger à la théorie de la prédestination, l'homme reste entièrement libre d'accepter ou de refuser le don de la grâce. Ce plan qui a l'avantage de présenter la pensée de Pic comme un ensemble systématique comporte quelques inconvénients que l'auteur signale lui- même, en reconnaissant qu'il entraîne certaines répétitions. Ceci est manifeste surtout dans les derniers chapitres : par exemple la critique de l'astrologie, qui figure d'abord dans le chapitre consacré au monde céleste, se retrouve dans le chapitre de l'homme pour montrer qu'il ne se trouve pas soumis au déterminisme des astres. La question des sources est minutieusement étudiée. Chaque idée est rattachée à ses origines : les Pères grecs, surtout le Pseudo Denis, tout le courant néo-platonicien de Plotin à Ficin, saint Augustin et saint Thomas. F. Roulier précise les thèses théologiques entre lesquelles Jean Pic fait son choix. Si ce dernier subit très fortement l'influence de Ficin, tout ce qui les sépare nous est indiqué. La connaissance encyclopédique que Pic a acquis de l'histoire des philosophies et des religions lui permet de les faire converger dans ses 900 thèses vers une apologie de la religion chrétienne. Dans les Hymnes orphiques, les Oracles chaldaïques et les écrits hermétiques, il voit l'annonce de la philosophie grecque classique de Pythagore, Platon et Aristote, elle-même confirmée par la révélation mosaïque qu'achève celle du Christ grâce à la Kabbale, il découvre l'accord profond de la tradition secrète des Juifs avec le christianisme. L'histoire de la philosophie lui apparaît ainsi comme un progrès constant qui doit se poursuivre afin d'atteindre à une plus grande unité des doctrines entre lesquelles la diversité des temps et des circonstances a laissé des divergences. Ce souci d'unification lui apparaît comme l'exigence même de son système philosophique qui, après la diversification de la création, doit aboutir à un retour à l'unité divine. De là, même à l'intérieur de la théologie scolastique, son désir de rapprocher des positions divergentes comme celles de Duns Scot et de saint Thomas. Le rôle de l'interprétation allégorique des mythes antiques comme des récits bibliques est essentiel à cette fonction unitive de l'esprit humain. Dans la tradition de Platon, de Plutarque, de Macrobe, mais aussi des humanistes comme Coluccio Salutati, les mythes antiques tels ceux de Vénus et des Grâces, d'Orphée, de Bacchus et d'Osiris, deviennent des symboles moraux, philosophiques ou religieux. Plus étonnant encore YHeptaplus où le premier chapitre de la Genèse trouve sept explications allégoriques différentes, appliquées successivement à chacun des trois mondes, à l'homme, à l'ordre successif à l'intérieur de chaque monde, au lien entre eux et enfin au retour de l'homme à la félicité divine. L'intérêt pour la magie dans les 900 thèses s'expliquerait par la sympathie universelle qui résulte de la correspondance et de la hiérarchie de ces trois mondes, chacun influant directement sur celui qui lui est immédiatement inférieur. Pic de La Mirandole insiste aussi sur la distinction entre les miracles opérés par les hommes qui recourent à l'intervention d'agents du monde supérieur et ceux que le Christ a opérés, en commandant directement au monde élémentaire, sans aucun intermédiaire. La critique de l'astrologie dans les Disputationes a pour conséquence l'abandon de la magie, dans la mesure où elle était un recours aux puissances du monde céleste. Tout en rappelant les motifs religieux de ce réquisitoire, F. Roulier met en valeur, par son analyse, le caractère éminemment rationaliste de l'argumentation. L'ambition synthétique de Pic se réduit d'ailleurs au fil des années, il abandonne, semble-t-il, l'idée d'une conciliation universelle des doctrines pour se borner à celles de Platon et d'Aristote dans le De Ente et Uno. Contrairement à Craven et dans le sillage de Kristeller, F. Roulier a su donner toute son importance à YOratio qui introduit les 900 thèses et que l'on a baptisée De Dignitate Ilominis. Cette place exceptionnelle de l'homme dans la création, parce qu'il peut seul s'autodéterminer, s'élever à la nature de l'ange et même plus haut ou descendre à celle de la bête, est une exaltation de la liberté. Mais cette liberté consiste seulement à accepter ou à refuser l'appel divin qui invite l'âme à s'élever à l'intellectualité pure. C'est toujours le vieux débat entre l'âme et le corps qui caractérise la situation dramatique de l'homme, mais il correspond à la dynamique même de l'idéal humaniste. Dans la discussion théologique sur le primat de l'intelligence ou celui de la volonté pour s'élever vers Dieu, F. Roulier, en citant des textes contradictoires de Pic conclut que l'intellect et la volonté sont pour lui également nécessaires, avec cependant une tendance à privilégier l'intellect selon la tradition platonicienne. Le dernier chapitre consacré au salut chrétien s'attache à prouver l'orthodoxie de Pic sur les principaux éléments du dogme : l'incarnation, la rédemption, le rôle central du Christ ou celui de l'Eglise. Les commentaires de Psaumes, l'exposition du Pater, les lettres de 1492 à Jean François Pic comme certaines des thèses et YHeptaplus en font foi. Analysant les thèses jugées suspectes par la commission pontificale qui ont entraîné la condamnation de l'ensemble par la bulle du 4 août 1487 et la fuite à Paris, F. Roulier montre qu'il s'agit de subtilités théologiques débattues précédemment, mais contraires au courant dominant à Rome. Les réserves de Pic sur l'adoration de la Croix où il voit un risque d'idolâtrie ont certainement irrité les censeurs ainsi que la jeunesse de ce laïc de 24 ans qui prétendait en remontrer aux théologiens de carrière. Il est en effet paradoxal à l'époque de voir un théologien laïque qui, malgré la dévotion mystique de ses dernières années, n'a jamais voulu entrer dans les ordres comme l'y invitait sans doute Savonarole. F. Roulier reconnaît aussi le caractère intérieur de la religion de Pic, fondée sur la méditation et la prière. Pic critique certaines pratiques culturelles qu'il juge abusives, mais dans ses dernières années il assiste quotidiennement à la messe et exalte l'eucharistie comme moyen de se rapprocher plus intimement de la divinité. Il reste que les preuves de cette orthodoxie sont surtout nombreuses à partir de 1491-92. Sans se rallier à la thèse d'une rupture ou d'une conversion après la condamnation des thèses, il me semble que Pic, qui bien évidemment ne voulait pas et ne pouvait pas se situer en dehors de l'Eglise, est devenu plus prudent, plus soucieux de montrer son orthodoxie sur tous les points après la condamnation papale. Sa première tendance à intellectualiser la religion, fondée sur une double utilisation du néo-platonisme et de certains aspects de la théologie médiévale, a fait place à une dévotion plus stricte. Ce n'est là qu'un aperçu incomplet et parfois schématique d'un travail aussi vaste, mais quelle que soit l'interprétation que l'on peut proposer de la pensée de Pic, la lecture de la thèse de F. Roulier restera, par l'ampleur de l'information, indispensable à la compréhension d'une œuvre aussi complexe. Ce travail est en tout cas un garde fou nécessaire contre toute interprétation hâtive et tendancieuse.
Henri WEBER
| Titre | Jean Pic de la Mirandole (1463-1494), humaniste, philosophe et théologien |
| Auteur | Roulier Fernand |
| Editeur | SLATKINE |
| Format | Broché |
| Date de parution | 2000 |
| Nb pages | 667 |
| Notes sur l'état | Très bon état, voir comme neuf. |
| Poids | 0.9 |
| EAN13 | 9782051010405 |
| ISBN | 9782051010405 |
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